Vendredi 14 décembre 2012

Le bêchage, geste assassin

Retourner la terre n’est pas un bon geste.

Le geste du jardinier à l’entrée de l’hiver est presque automatique. Pour avoir de bons légumes, bien racinés, il faut une terre meuble. Donc, le jardinier s’empare de sa bêche, et retourne son terrain frénétiquement. Le soir arrivant, le dos cassé, les mains abimées, il est fier de montrer sa belle parcelle noire, couleur terre, sans la moindre tâche verte, sans le moindre caillou.

D’où vient cette satisfaction ?

« Mon père, qui tenait cette pratique de mon grand-père, le faisait. Si on le fait depuis si longtemps, c’est que c’est bon pour le sol… ».
De plus, médiatiquement, on nous montre ces grands champs de céréales nus, retournés par d’énormes machines. Comment ne pas être influencé ?

Alors, le bêchage est-il si bon pour le sol ?

Très vite, certains soucis apparaissent. En plus de la fatigue, il faut constater :

  • que la vie du sol est progressivement détruite. Le sol est vivant, parcouru par des millions d’insectes, vers, larves et micro-organismes, qui assimilent la matière organique. Dès que l’on retourne le sol, nous enterrons cette vie, détruisons leurs habitats, et les privons de lumière, d’air et de nourriture. Bref, la vie disparait. La disparition de cette chaîne trophique entraîne l’appauvrissement des sols. Nous avons recourt alors aux produits de synthèse, qui amplifient le phénomène.
  • qu’un sol nu se tasse à chaque averse, empêchant aux nutriments de pénétrer, et à l’eau de l’humidifier.
  • qu’apparaissent très vite des adventis, ces « mauvaises herbes » que l’on s’efforce de détruire à longueur d’année. Mais a-t-on déjà vu un sol nu, dans la nature ?

Alors posons nous la question d’un sol naturel :

  • quelqu’un le travaille-t-il ?
  • qui le fertilise ?
  • qui permet à un chêne de mesurer 30m et de vivre plusieurs siècles ?

Il faut arrêter de considérer le sol comme un support, mais bien comme une structure vivante, complexe, sensible, et pérenne si on ne la brutalise pas.
Cet équilibre obéit à des lois, basé sur des échanges permanents entre matière vivante et morte, eau, air, et où la notion de temps n’est pas la même que pour nous. Voici 6 milliards d’années que la terre se crée, se modifie, se nourrit, vit et meurt pour recommencer. Qu’en avons nous fait en 3000 ans d’agriculture ?
La question n’est pas de savoir si la terre peut nourrir 6 ou 10 milliards d’individus, mais plutôt si nous lui permettrons de le faire.

Il faut changer nos habitudes :

  • en incorporant de la matière organique au sol, plutôt que des engrais aux plantes. C’est le rôle des BRF.
  • en évitant de piétiner le sol et de le damer, en créant des allées et des planches.
  • en ne laissant jamais un sol nu : couvrez le avec du BRF pour l’hiver, ou semez des plantes autonomes en azotes (trèfle). Sinon, étalez des feuilles mortes.
  • ne travaillez votre sol que sur les huit premiers centimètres, avec une griffe ou une binette : en dessous, l’air ne passe plus, et vous empêcherez à la matière organique de se décomposer.

Mais avant tout, prenez le temps, la terre se travaille avec les saisons, les années. N’attendez pas le miracle, et évitez les produits que vous le promettent.

Marc Buffat
Raméal Péri’Vert