Mercredi 19 décembre 2012

Qu’est-ce que l’agriculture durable ?

L’agriculture durable est un mode de production agricole visant à être économiquement viable, écologiquement sain et socialement équitable. Autant d’objectifs que peuvent approcher différentes pratiques de l’agriculture et que nous présente Stéphane Bellon de l’unité Ecodéveloppement, Avignon.

L’agriculture durable est l’application au modèle agricole de l’idée de Développement Durable défini au sommet de Rio en 1992 comme étant « le développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins ».
En France, sept pratiques agricoles sont autant d’approches possibles de l’agriculture durable , différant par les objectifs poursuivis, les modes d’évaluation, les pratiques, les acteurs et donc la « philosophie générale » :

  • L’agriculture de précision s’appuie sur de nouvelles technologies, telles que la localisation géographique par satellite et la micro-informatique, afin de prendre en compte l’hétérogénéité intra-parcellaire dans les interventions culturales : une gestion modulée des intrants (semences, eau d’irrigation, engrais, fongicides, herbicides, insecticides…) et l’adaptation des travaux agricoles (travail du sol, semis, apports d’engrais, protection des cultures, irrigation…).
  • La production intégrée est définie par l’Organisation internationale de lutte biologique et intégrée contre les ennemis des cultures et des forêts (OILB) comme étant un système de production d’aliments et des autres produits de haute qualité qui utilise des ressources et des mécanismes de régulation naturels pour remplacer des apports dommageables à l’environnement et qui assure à long terme une agriculture viable (OILB/SROP, 1993).
  • L’agriculture raisonnée correspond à des démarches globales de gestion de l’exploitation qui visent, au-delà du respect de la réglementation, à renforcer les impacts positifs des pratiques agricoles sur l’environnement et à en réduire les effets négatifs, sans remettre en cause la rentabilité économique des exploitations (Forum de l’agriculture raisonnée et respectueuse de l’Environnement, Farre).
  • L’agriculture économe, dite durable selon les cas, vise à promouvoir une agriculture économiquement viable, saine pour l’environnement et socialement équitable (Réseau agriculture durable, RAD).
  • L’agriculture paysanne doit permettre à un maximum de paysans répartis sur tout le territoire de vivre décemment de leur métier en produisant sur une exploitation à taille humaine une alimentation saine et de qualité, sans remettre en cause les ressources naturelles de demain. Elle doit participer avec les citoyens à rendre le milieu rural vivant dans un cadre de vie apprécié par tous (Fédération associative pour le développement de l’emploi agricole et rural, FADEAR).
  • La production fermière est une agriculture dont la spécificité réside dans le fait que les personnes impliquées remplissent plusieurs fonctions : celle de produire, transformer et vendre leurs produits auprès des consommateurs. Les producteurs fermiers sont impliqués dans l’évolution de la société : réponse aux attentes des consommateurs, création d’activité et d’emplois, revitalisation des territoires et développement d’un espace rural vivant. Ils participent ainsi au maintien du lien ville /campagne (Fédération Nationale des Associations de Producteurs Fermiers, FNAPF).
  • L’agriculture biologique est définie selon le dernier règlement européen (n°834/2007) comme un mode de production agricole et alimentaire qui allie les meilleures pratiques environnementales, un haut degré de biodiversité, la préservation des ressources naturelles, l’application de normes élevées en matière de bien-être animal et une méthode de production respectant la préférence de certains consommateurs à l’égard de produits obtenus grâce à des substances et à des procédés naturels. Le mode de production biologique joue ainsi un double rôle sociétal : d’une part, il approvisionne un marché spécifique répondant à la demande de produits biologiques émanant des consommateurs et, d’autre part, il fournit des biens publics contribuant à la protection de l’environnement et du bien-être animal ainsi qu’au développement durable.

Au-delà des approches techniques et globales sur la durabilité, l’agriculture durable relève d’une démarche de progrès plus que d’un état stable acquis une fois pour toutes et oscille entre ces différentes familles agricoles. Elle doit répondre à de nouveaux enjeux en tenant compte des attentes de la société.

Comment peut-on évaluer la durabilité des pratiques agricoles ?

Afin de comparer les exploitations entre elles et de mesurer la durabilité de chacune, des iméthodes à base d’indicateurs de durabilité ont été créées, par exemple :

  • La méthode IDEA, Indicateur de durabilité des exploitations agricoles, permet d’évaluer la durabilité d’une exploitation à un instant donné en s’appuyant sur ses caractéristiques techniques, sociales et économiques. Ces informations, pondérées et associées, permettent d’établir une note de durabilité. Cette note dévoile les forces et les faiblesses d’une exploitation et peut orienter les pratiques de l’agriculteur,
  • L’outil Indigo (Indicateurs de diagnostic global à la parcelle) a été élaboré dans le cadre du Centre de recherche Inra de Colmar. Il est constitué de plusieurs indicateurs composites correspondant chacun a une activité : L’objectif est d’évaluer, à l’échelle de la parcelle, l’impact de systèmes de production, de simuler l’effet de modifications de pratiques, et d’aider à la mise en place de pratiques plus respectueuses de l’environnement.
    Indigo évalue également l’impact des pratiques sur l’environnement à l’échelle globale de l’exploitation par une moyenne pondérée des indicateurs composites au prorata de la surface de chaque parcelle.
  • La méthode PLANETE (Pour L’ANalyse EnergéTique de l’Exploitation) permet de faire un bilan énergétique de l’exploitation. Elle s’attache à quantifier les flux de consommation et de production d’énergie à l’échelle d’une exploitation agricole. Elle se divise en 2 parties : estimation des consommations énergétiques (entrées) et quantification des productions énergétiques qui sortent de l’exploitation (sorties).

Stéphane Bellon est Ingénieur de recherche dans l’Unité de recherche UR767 Ecodéveloppement, Département Science pour l’action et le développement, Centre de recherche Inra d’Avignon.
La thématique centrale des recherches menées au sein de l’Unité porte sur les relations entre activités agricoles et actions environnementales. Les travaux visent à comprendre en quoi et comment 1) les agriculteurs peuvent répondre à des attendus environnementaux et, de façon symétrique 2) les enjeux environnementaux peuvent intégrer les pratiques et dispositifs agricoles.

S. Bellon travaille plus particulièrement sur deux programmes de recherche que sont :

  • Les politiques de l’agri-environnement, c’est-à-dire celles qui font reposer l’action environnementale en tout ou partie sur le dispositif des politiques agricoles et, d’autre part, celles qui conditionnent les soutiens publics à l’agriculture à des justifications environnementales qualifiées d’« écologisation des politiques publiques »,
  • Des modèles de production pour l’écologisation de l’agriculture, c’est à dire l’exploration et le test d’alternatives techniques en réponse à des attendus environnementaux dans un contexte d’instabilité des connaissances et de forte incertitude quant à l’évolution des politiques publiques.

Au niveau national, il est également responsable du programme de recherche de l’Inra sur l’agriculture biologique et animateur du Comité interne de l’agriculture biologique (CIAB).